|
Le projet de Musée de paléosismologie et archéosismologie a été développé à la suite de plusieurs campagnes d’études sur les failles actives de la Thessalie, pour répondre à une demande de la ville de Tyrnavos (Thessalie, Grèce) qui souhaite sensibiliser sa population (environ 30. 000 habitants) au risque sismique. L’objectif intéresse évidemment aussi la région dans son ensemble (plus d’un demi million de personnes, dont la métropole, Larisa, à 30 km de Tyrnavos, compte 180.000 habitants).
Le projet Le projet de Musée de paléosismologie et archéosismologie a été développé à la suite de plusieurs campagnes d’études sur les failles actives de la Thessalie, pour répondre à une demande de la ville de Tyrnavos (Thessalie, Grèce) qui souhaite sensibiliser sa population (environ 30. 000 habitants) au risque sismique. L’objectif intéresse évidemment aussi la région dans son ensemble (plus d’un demi million de personnes, dont la métropole, Larisa, à 30 km de Tyrnavos, compte 180.000 habitants).
L’étude des failles actives du bassin de Tyrnavos Le projet est directement issu d’une recherche qui a été engagée il y a maintenant une dizaine d’années et dont l’objectif est de reconstruire l’histoire tectonique de la plaine orientale de Thessalie. Plusieurs campagnes d’études sur le système des failles actives ont eu lieu dans la moitié nord de la plaine qui constitue ce que nous avons appelé le bassin de Tyrnavos. La bordure sud de ce bassin est caractérisée par la présence d’une faille importante, d’une quinzaine de kilomètres de long, à laquelle nous avons donné le nom de " faille de Tyrnavos. "
Le choix du site Une fois établi que nous allions répondre au souhait exprimé par la municipalité de la ville de Tyrnavos, la programmation de la réalisation du Musée a commencé par le choix du site (voir figure. Vue générale), puis par la définition de son organisation : trois tranchées échelonnées sur 300 m environ le long de la faille, et les différentes structures nécessaires pour la conservation et la présentation (couverture des tranchées, éléments d’accueil et de circulation du public ; etc.).
La réalisation La réalisation a débuté en août 2001, pour le creusement et l’aménagement de la première tranchée, dont l’importance est manifeste, à la fois par sa position en bordure de la route, qui la rend immédiatement visible, et aussi par ses dimensions (longueur 20 m, hauteur maximum 7m, surface de la couverture prévue environ 200 m2). En octobre de la même année, nous avons pu réaliser une imprégnation de l’ensemble de la paroi, afin d’éviter les dégradations que pourraient causer les intempéries, en attendant la mise en place de la toiture métallique prévue. La deuxième tranchée a été réalisée en août 2002 et a reçu immédiatement une couverture provisoire. Pour la troisième tranchée, on a pu aménager, dès août 2001, une route d’accès. La réalisation de la troisième tranchée est prévue au printemps 2003.
Les éléments caractéristiques de la situation paléosismologique Du point de vue paléosismologique, la première tranchée a confirmé ce que nous savions sur le caractère sismogénique de la faille de Tyrnavos, qui est une faille active. Plusieurs événements sismiques sont évidemment inscrits dans les stratigraphies dessinées sur les parois des différentes tranchées. Les interprétations et les datations ont fait l’objet de publications, et nous ne les reprendrons pas ici. La deuxième tranchée a donné les mêmes résultats du point de vue de l’histoire sismique de la faille, mais son intérêt s’est révélé un peu différent de celui de la première tranchée. Elle est remarquable d’abord par la présence d’un miroir de faille visible sur plusieurs mètres de hauteur, et qui est entièrement vitrifié. Elle a d’autre part le mérite de confirmer les résultats d’une méthode de reconnaissance qui avait été mise en ouvre sur le terrain avant le creusement, les analyses par la méthode de la résistivité.
Les éléments caractéristiques de la situation sismoarchéologique L’étude de l’histoire sismique de la faille de Tyrnavos est complétée par une recherche de paléoarchéologie, c’est-à-dire une recherche de traces de destructions ou de dommages sur des constructions. Il s’agissait pour nous de trouver une ou des constructions présentant la durée de vie la plus longue possible, de préférence un monument de l’antiquité encore suffisamment bien conservé pour permettre des observations utiles. Par chance, les collègues grecs de la direction du service des antiquités à Larisa ont mis au jour, ces dernières années, le grand théâtre de Larisa. Il s’agit d’une construction monumentale tout à fait classique dans sa structure comme dans les techniques de construction employées. Ce théâtre a été utilisé à l’époque grecque, à la fois comme théâtre et comme lieu de réunion de l’assemblée des délégués des villes thessaliennes au conseil de la Fédération thessalienne. Au cours de son histoire, le théâtre a été plusieurs fois remanié après sa construction (fin 4e s.-début 3e s. av. J.-C.) : - dans la première moitié du 2e s. av., probablement suite à un changement de présentation des actions dramatiques, réaménagement avec construction d’un bâtiment d’avant-scène, un proscénion, - à la fin du 1er av. J.-C., reconstruction du proscénion et transformation radicale, , puisque le théâtre a été transformé pour recevoir des jeux du cirque, combats de gladiateurs, chasses aux bêtes sauvages, naumachies, etc. - dans ce nouvel état, le théâtre de Larisa a été utilisé jusque vers la fin du 3e s. ap. J.-C. Le monument a sans doute été comblé ensuite progressivement, à partir de l’antiquité tardive. L’enfouissement des parties basses s’est produit sans doute assez tôt, puisque le monument ne porte aucune trace de pillage des scellements au plomb à la base des colonnes et sur les blocs des sièges et des soutènements. Les parties hautes de l’hémicycle étaient encore visibles, disent les voyageurs modernes, au cours du 18e siècle.
L’interprétation sismo-archéologique s’insère bien dans l’histoire du monument, telle qu’on a pu la reconstituer. Le théâtre a été en grande partie détruit dans la première moitié du 1er s. av. J.-C. par un tremblement de terre, à en juger par les désordres qu’il a fallu réparer un peu plus tard, à l’époque d’Auguste. Cela a conduit à la construction d’un théâtre de remplacement à Larisa (deuxième moitié du 1er s. av.), qui a été, comme l’a montré la fouille, une construction d’urgence. On trouve à Larisa et dans la région, d’autres indices de destructions, par exemple des stèles funéraires taillées dans des blocs d’architecture provenant de monuments ruinés, etc. On a d’autres traces sur d’autres sites de la région, à Pythion, etc. et l’on peut dresser par hypothèse une carte des cités qui semblent avoir été touchées par ce séisme de la première moitié du 1er s. av ; que l’on peut sans doute situer dans les années 80 de ce siècle. C’est à un autre tremblement de terre, beaucoup plus récent, qu’il faut attribuer, semble-t-il, l’état actuel du monument, qui a été touché alors même qu’il était déjà en partie recouvert par les terres déversées, depuis le sommet de la colline contre les pentes de laquelle il avait été construit.
Les développements et les résultats attendus
Les développement envisagés pour le Musée sont les suivants : - réalisation de la mise en valeur et de la présentation (signalétique, dépliants, etc. - réalisation, à titre complémentaire, d’une présentation des bâtis anciens qui existent encore dans la région et qui présentent dans leurs techniques de construction traditionnelle, des caractéristiques sismo-résistantes
Ce premier Musée de plein air pour la paléosismologie et la paléoarchéologique présente, nous en avons reçu les preuves de tous côtés, un grand intérêt à plusieurs points de vue.
Du point de vue des chercheurs, il offre la possibilité d’avoir - une reconstruction plausible d’une période de l’histoire sismique de la plaine thessalienne orientale de la Thessalie. - mais aussi un instrument de formation exceptionnel pour les étudiants dans ces disciplines.
Du point de vue des autorités locales et régionales, il représente un instrument de sensibilisation et d’éducation du public : - les agents des municipalités (services techniques, etc.) qui ont montré, par leur implication dans la réalisation, quel pouvait être l’intérêt et l’impact pédagogique du Musée. - le public scolaire qui est naturellement l’un des premiers visés, quand on sait l’importance et la fréquence des excursions organisées dans les écoles de tous âges en Grèce. - le public en général, y compris les touristes étrangers qui transitent par la région.
Nous pensons que le Musée offre un instrument de communication et de sensibilisation extrêmement utile, tout en évitant de présenter le risque sismique sous le seul aspect " catastrophique " qu’on lui donne trop souvent. C’est au contraire, à notre avis, par un instrument d’éducation et information comme celui-ci que l’on peut faire passer dans le public une culture du risque qui ne soit pas réservée aux seuls experts.
|