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mercredi 18 juin 2003
Carnet de voyage
voyage en sicile

Essais de mise en place d’un répertoire :
-  des pathologies d’origines sismiques observées sur le bâti,
-  des réponses de la population aux désordres survenus lors d’un séisme sur le bâti,
-  et des faiblesses de bâtiments pouvant amener à la destruction lors d’un prochain séisme. Anne Chaillou


Cette présentation est un carnet de voyage, réalisé lors d’un voyage d’étude pluri-disciplinaire du Groupe APS en Sicile (Sicile, archéologie et séisme) du 09 au 14 mai 2000. Je souhaite présenter ici une illustration de cette lecture des pathologies ou plutôt, pour paraître moins ambitieuse, un début de répertoire des pathologies d’origines sismiques observées sur le bâti, des réponses de la population aux désordres survenus lors d’un séisme et des faiblesses de bâtiments pouvant porter à conséquences lors d’un prochain séisme. Ce répertoire me permettra d’avoir un fil conducteur, un aide-mémoire, pour mes prochaines observations, mes prochaines interrogations du bâti.

photographie 1 - 61.8 ko
photographie 1
Île d’Ortygie à Syracuse : dans la ville, un cas de pathologies d’origine sismique
La photographie 1, est pour moi, le résumé de ce voyage d’étude. Elle met en évidence, d’une part, un cas caractèristique de pathologies d’origine sismique dans le bâti. En effet, dans ce bâtiment, nous pouvons voir en même temps et en vrac, un basculement, des murs en dévers soutenus ou retenus par des étais prenant appui contre les façades en vis-à-vis, des fissures verticales rejoignant les ouvertures, les linteaux brisés, le décollement des chaînages d’angle et, enfin, deux contreforts prenant appui dans la rue. Cette maison regroupe la plupart des traces de pathologies d’origines de séismes sur le bâti que nous avons répertorier. De plus, cette photographie présente une partie du groupe composant ce voyage. Ce facteur humain, est aussi important puisque c’est grâce à lui que la découverte, la lecture et la compréhension de ces pathologies ont pu avoir lieu. Il était représentatif à la fois dans la complémentarité des professions de ces membres mais aussi des expériences de chacun. Il y avait en fait deux groupes de personnes : l’un, composé de "vétérans des séismes" ayant déjà une grande expérience de la lecture de ces traces et qui ont pu échanger et compléter leur expérience ; l’autre, composé de "novices", venus pour découvrir, s’initier, comprendre comment et pourquoi il est possible de lire de telles informations sur du bâti, plus ou moins ancien, plus ou moins bien entretenu et conservé. La diversité des paysages, des architectures et des périodes rencontrés a aussi été un facteur important de cette expérience.

Les traces de pathologies et les réponses de la population

La lecture que l’on peut faire d’un bâtiment lorsque l’on recherche la présence de l’action d’un séisme est de deux sortes : les traces d’avaries, de déformation du bâtiment, et les réponses, à court ou à long terme, que la population a trouvé pour remédier à ces désordres et pour éviter, lors d’un autre tremblement de terre, des destructions. Cette lecture complémentaire est nécessaire et doit se faire sur plusieurs bâtiments et même quelques fois sur un village entier pour pouvoir comprendre si les désordres que l’on constate proviennent bien de l’action d’un séisme.

Les désordres

Ces désordres sont nombreux et, comme je l’ai montré avec la photographie 1, sont souvent associés dans un même bâtiment. On retrouve :
-  des déplacements, rotations ou décrochements des murs ;
-  des fissures obliques dans les angles, des effondrements d’angles ou des fissures en "croix" (photographie 2) ;
-  des fissures verticales reliant les différentes ouvertures d’une façade (photographie 1) ;
-  des appuis fendus, des claveaux fendus ou décalés, des descentes d’arc au niveau des ouvertures (photographie 1) ;
-  décollement de façade et murs tombés d’un seul bloc ;
-  murs à dévers (photographie 1) ;
-  éclatement de blocs (poussées verticales) ;
-  phénoménes de ruines dues soit directement au séisme lui-même, soit par l’action du temps, sur un bâti déjà fragilisé par un séisme et abandonné à lui-même ;
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photographie 2
Région de Gibellina : village détruit par le tremblement de terre de 1968 et abandonné

Les réponses de la population

1)Les réponses à court terme Ces réponses correspondent aux premières actions menées par les habitants pour consolider, protéger et sauvegarder les bâtiments endommagés. Néanmoins, parfois, ce court terme se prolonge, comme on a pu le voir à Noto, où les cerclages de bâtiments publics sont encore en place depuis le tremblement de terre de 1988, alors que la plupart des habitations privées ont été réparées. Ces réponses d’urgence sont assez simples :
-  cerclage du bâtiment, tirants extérieurs ;
-  étais et cales en tout genre, souvent en bois, pouvant être assimilés à des arcs de confortement pour la plupart ;
-  contrefort (photographie 1) ;
-  protections contre les intempéries (toiture de fortune, chéneau, ...) ;
-  protections des passants (structure en tôle au niveau des balcons pour éviter la chute de pierre, ...) ;

2)Les réponses à long terme Après les actions d’urgence, la population va entreprendre les réparations et/ou reconstructions de tout ou partie des bâtiments touchés. Ces actions sont aussi très visibles sur le bâti et font partie des signes permettant de supposer des dommages causés par un séisme.
-  tirants ;
-  reprises de maçonnerie (le plus souvent avec des matériaux différents de la maçonnerie d’origine), chaînage d’angle reconstruit ;
-  fissures bouchées ;
-  linteaux renforcés ;
-  ouvertures bouchées ou réduites ;
-  contreforts. Le plus souvent, les contreforts rajoutés aux habitations sont intégrés dans un nouvel aménagement : terrasse au premier étage, escalier extérieur, entrée couverte, ... ;
-  arcs de confortement ; Ces méthodes de consolidation (contrefort, ouverture réduite, chaînage d’angle, appuis d’ouverture en deux morceaux, arcs de confortement, ...) vont ensuite être utilisées dans les constructions nouvelles et ce durant un temps plus ou moins long suivant la fréquence de retour des séismes : c’est ce que l’on appelle la "culture sismique locale".

Synthèse

Tous ces désordres et réponses forment donc un tout de l’observation nécessaire pour conclure, ou tout du moins faire l’hypothèse, de l’action d’un séisme. Il est donc évident que plus on observe de désordres et de réponses différents sur un même bâtiment, plus l’hypothèse peut être confirmée. Néanmoins, il faut rester très prudent car les séismes ne sont pas les seules causes de désordres visibles sur le bâti. Les fissures ou les destructions peuvent être aussi dues à l’action du temps et/ou du teerain. Prenons l’exemple d’un bâtiment abandonné. Petit à petit la végétation va commencer à pousser sur les tuiles, une bourrasque plus forte que les autres va déplacer quelques tuiles et l’eau de pluie va s’infiltrer. La charpente va pourrir, s’effondrer et la maçonnerie va elle aussi petit à petit subir l’action de l’eau. Le liant des murs va se dissoudre, les pierres se disjoindre et tomber. Il ne restera plus qu’une ruine. Bien sûr, cette action a une durée beaucoup plus longue, mais la destruction et les fissures sont là aussi. La chose se complique quand les deux sont associés, ce qui est le plus souvent le cas. Par contre, il n’est pas automatique que ces fissures apparaissent au même endroit que celles dues aux poussées sismiques. Cependant, il semble certain qu’un linteau brisé, surtout associé à une fissure verticale reliant les ouvertures, est un indice indubitable de l’action d’un séisme. Je pose la question. C’est aussi pour cette raison que la lecture sur le bâti doit être associée à la collecte d’autres sources relatives à toutes sortes d’agressions externes susceptible d’affecter le bâti. La connaissance de l’histoire sismique d’une région (dans le sens de zone), complétée par celle du contexte historique (guerres, épidémies, ...) aussi bien qu’environnemental (géologie du sous sol, glissements de terrain, inondations, tempètes, ...) permet d’éliminer toutes les causes autres que l’agression sismique.

Les faiblesses d’un bâtiment et le risque de destruction

En connaissant les effets des séismes sur le bâti, il est ainsi possible de comprendre les faiblesses d’un bâtiment et de prévoir, avant que le sinistre ne se déclare, ce qui risque de se passer. Ce savoir contribuerait à diminuer ces risques et à gérer correctement les restaurations. La plupart de ces faiblesses vont de pair et sont le résultat de notre mode de vie actuel qui exige beaucoup de lumière, du béton, des modification de bâti ancien ... Ces faiblesses sont les suivantes :
-  rehaut, agrandissement, porte-à-faux ;
-  grandes ouvertures, agrandissement de fenêtres, fenêtres d’angle ;
-  détérioration des éléments structurels qui assurent l’intégrité du bâtiment et donc sa solidité (ouverture qui va entraîner la détérioration des arcs de décharge, ...)
-  hétérogénéité des matériaux utilisés, assemblages ;
-  restaurations qui associent des matériaux de rigidité très différente (béton armé et murs en moellons et remplissage, par exemple) ;
-  et aussi bien sûr les dommages antérieurs mal réparés ;

Conclusion

Ce voyage d’étude a été un très bon exercice pourprojeter dans le concret tout ce que j’avais pu entendre et lire sur cette étude des pathologies d’origine sismique grâce à la présence des "vétérans" mais aussi des "novices" qui se posent les mêmes questions que moi et faire par ce carnet de voyage une synthèse de ce que j’avais appris. Je suis certaine que d’autres désordres, réponses ou comportements ont dû m’échapper et c’est pour cela que je soumets ces réflexions de voyage aux autres membres du groupe APS pour que ma connaissance et ma compréhension des pathologies d’origine sismique puissent être complétées et corrigées, en attendant d’autres voyages et d’autres rencontres pour en discuter tous ensemble.

Juin 2002

Anne Chaillou,

architecte, doctorante en archéologie

achail@9online.fr



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